Lu dans Vélo-club.net
Katyusha est le nom de la prochaine grosse écurie du cyclisme russe qui fera son apparition sur les grandes courses en 2009, succédant ainsi à la formation Tinkoff Credit Systems. Mais Katyusha, c'est aussi un terme militaire, surnom donné par les soviétiques à un lance-roquettes de la seconde guerre mondiale. Doit-on alors s'attendre à l'avènement d'une nouvelle armada dans le monde de la bicyclette ? C'est bien possible. Deux ans et demi après la création d'Astana, voilà que se profile une nouvelle place forte très nationalisée et avec des moyens incroyables. Alors que plusieurs équipes ne parviennent pas à poursuivre leur activité par pénurie de sponsor (Gerolsteiner, Crédit Agricole...), un homme, Oleg Tinkov, parvient à merveille à s'attirer le soutien de grandes entreprises. Et même d'un pays tout entier. Il se murmure que c'est Vladimir Poutine qui aurait choisi le nom de Katyusha. Son slogan ? "A Russian global cycling project". Tout un programme.
Pour la précision technique, il y a plus de 60 ans, la Katyusha était un engin qui tirait en rafales. C'est également de cette manière qu'Oleg Tinkov, patron de la nouvelle structure, agit sur le marché des transferts. Ses cibles sont multiples, et il les atteint toutes. Résultat : la formation bâtie sur les bases de Tinkoff Credit Systems va plus que doubler son influence sportive sur le circuit. Elle a commencé par combler son manque d'éléments capables de jouer un rôle sur les courses d'un jour. En plein Tour de France, "l'oligarque de la bière" s'attachait ainsi les services de Filippo Pozzato et de Gert Steegmans. Le Belge remportait quelques jours plus tard l'étape des Champs Elysées, et on apprenait alors que son salaire 2009 serait multiplié par deux et demi par rapport à ce qu'il touchait chez Quick Step. Du délire.
Dans le même temps, Katyusha approche plusieurs coureurs en devenir. On est alors bien loin de la première philosophie de recrutement du magnat russe. A ses débuts, l'ambitieuse formation Tinkoff avait fait grossir ses rangs en recrutant plusieurs anciennes gloires déchues pour contrôle positif (Hamilton, Hondo, Jaksche...), ce qui avait d'entrée terni l'image de l'équipe. Les choses ont désormais bien changé avec la venue de nombreux éléments à fort potentiel, et surtout beaucoup plus jeunes. De gros espoirs sont en effet fondés sur Kenny de Haes, nouvelle valeur montante du sprint belge, et sur son compatriote et longiligne grimpeur Stijn Vandenbergh, débarqué d'AG2R.
Mais début septembre, Katyusha passe la vitesse supérieure. L'équipe prend un visage "Tour de France" en signant plusieurs coureurs capables de peser sur une épreuve de trois semaines. Quelques semaines après l'annonce de l'arrivée d'Antonio Colom en provenance d'Astana, ce sont deux hommes forts de l'équipe Caisse d'Epargne qui rallient les rangs de la force en puissance : Joan Horrach, ancien vainqueur d'étape sur le Giro, mais aussi Vladimir Karpets, meilleur jeune du Tour 2004. Ce dernier, qui a déjà terminé dans le top 10 du Tour d'Italie et du Tour d'Espagne, présente en outre le gros avantage d'être ... Russe.
Sa venue, alliée à celle d'Alexandre Botcharov, vainqueur du dernier Tour Méditerranéen, permet d'agrandir le contingent de l'est et ainsi de ne pas perdre une image nationale affirmée. L'équipe Astana, autre géant exotique du peloton, s'était donné pour ambition de hisser haut les couleurs de l'ancien bloc soviétique, mais après les licenciements d'Alexandre Vinokourov et Andrei Kashechkin, et surtout l'arrivée de nombreux coureurs de l'américaine Discovery Channel, elle a hérité d'un visage plus international. Tout le contraire de ce que souhaite faire Katyusha, très soutenue par le gouvernement russe.
Et pourtant, Oleg Tinkov va finir par se laisser tenter par les leaders étrangers. En plus de Pozzato et Steegmans, il va recruter un troisième sprinteur de talent, beaucoup plus âgé mais aussi bien plus médiatique. La signature de Robbie McEwen, triple vainqueur du maillot vert sur le Tour, quelques heures après celle de Karpets, fait alors encore plus parler de la nouvelle pieuvre du mercato. Le débouleur australien y trouve tout son intérêt avec un probable dernier contrat juteux, mais Katyusha gagne également gros dans ce transfert. La gouaille du natif de Brisbane est connue de tous les amateurs de vélo et sa présence permettra de plus à la formation russe d'être très suivie par les médias l'an prochain.
Mais cela ne s'arrêtera peut-être pas là. Oleg Tinkov fait clairement savoir que son shopping n'est pas terminé. Son portefeuille est encore bien rempli et il estime pouvoir acheter encore deux coureurs de grand standing. Sastre est sur le marché et la Katyusha avoue être en contact avec lui.
Pour attirer les grands du monde du vélo, l'écurie russe mise sur un atout essentiel : l'argent. Son budget est faramineux : 30 millions d'euros. Du jamais vu. Andreï Tchmil, ancienne gloire des classiques des années 90, sera aux commandes du domaine sportif, comprenant une structure masculine et une féminine, pour une présence sur route, piste, VTT et cyclo-cross. Le soutien de Vladimir Poutine n'est pas étranger à l'existence de cette grosse manne financière. La société Gazprom, productrice de gaz naturel, troisième capitalisation boursière mondiale, est le principal investisseur et cela n'est pas sans rappeler le football.
Peut-on pour autant dire que Katyusha est le Chelsea du cyclisme ? Pourquoi pas... Mais sur plusieurs points, la comparaison ne tient pas. Oleg Tinkov n'est pas arrivé dans le vélo comme Roman Abramovitch a débarqué dans le football. Le chef d'entreprise a commencé par diriger son équipe comme une petite plate-forme, surtout dédiée à encadrer la formation son pays. C'est alors qu'il a eu la bonne idée de miser sur des éléments comme Mikhail Ignatiev, champion du monde espoirs du contre-la-montre, Pavel Brutt, vainqueur d'étape sur le dernier Giro, ou encore Nikolay Trusov, champion du monde junior sur piste. Ce n'est qu'avec l'apparition des résultats que Tinkov a entamé une stratégie de développement disproportionnée. Mais aux prémices de son aventure, l'homme d'affaires était déjà plus que jamais impliqué dans le sportif, participant même à une course au sein de son équipe en tant que coureur.
Maintenant qu'il est aux commandes d'une véritable machine de guerre, quels seront ses objectifs ? Dans un premier temps, participer au Tour de France. En juillet dernier, la formation russe cherchait à intégrer le Pro Tour pour assurer sa présence dans la prochaine Grande Boucle. Mais l'élite orchestrée par l'UCI ayant signé son acte de décès, les invitations pour les grands rendez-vous de 2009 se feront avec beaucoup plus de souplesse. Il y a de fortes chances que le nom de Katyusha soit présent, voir omniprésent, sur les routes françaises dans dix mois. En attendant, la nouvelle attraction du peloton doit faire un parcours sans faute : finir son recrutement sans tâches, apporter plus de cohésion à son projet sportif dans l'optique de juillet, et surtout... ne pas essuyer de revers extra-sportif. Un contrôle positif viendrait détruire un incroyable montage qui finalement, ne tient qu'à un fil.
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